20 minutes pour financer ma recherche (320 000€) : comment je prépare ma présentation
Dans quelques jours, j’ai mon interview Veni.
Cet entretien va décider si j’obtiens 320 000 euros pour financer ma recherche future.
Tout se joue en seulement 20 minutes.
J’ai commencé le processus Veni en août dernier…
J’ai d’abord soumis un pre-proposal (CV narratif et key outputs), puis j’ai été invité en janvier à soumettre le full proposal. Ensuite, j’ai reçu les commentaires de trois reviewers internationaux en mars, j’y ai répondu… et maintenant, l’entretien.
20 petites minutes.
5 minutes de présentation, suivies de 15 minutes de questions.
Ma première pensée a été : “5 minutes, facile, ça va aller vite à préparer…”
En réalité, c’est tout l’inverse.
L’exercice te demande de tellement réduire et simplifier ta recherche que c’est bien plus compliqué que je ne le pensais.
Chaque diapo doit être parfaite. Et chaque mot, chaque phrase aussi.
Heureusement, mon département a accepté de me financer un coach en présentation.
Ce coach a déjà accompagné de nombreuses interviews Veni, ainsi que des financements européens ERC.
Je l’ai vu 3 fois pendant 90 minutes, et il m’a énormément aidé à me préparer pour cet entretien.
Du coup, j’aimerais te partager les conseils qu’il m’a donnés.J’espère qu’ils pourront t’aider pour tes présentations futures autant qu’ils m’ont aidé.
Avec lui, j’ai travaillé sur l’état d’esprit à avoir, comment construire mes diapos, quel contenu mettre (et surtout ne pas mettre), le langage corporel, et comment répondre aux questions.
Si tu te prépares à un entretien avec présentation, que ce soit pour un financement, un doctorat, un postdoc ou même un poste, ces conseils devraient t’être très utiles.
Voici ce qu’il m’a enseigné.
1. Ton objectif : avoir une “winning presentation” — une présentation gagnante.
L’objectif est simple : obtenir le financement pour ta recherche, et sécuriser ta position.
Tu as 20 minutes pour créer une préférence.
Une préférence parmi toutes les présentations qu’ils vont écouter.
Tu veux montrer que tu as le contrôle. Que tu es on top of your material. Que tu es la bonne personne pour mener cette recherche.
Tu dois être le maître de ce moment.
Il y a plusieurs choses à faire pour créer cette préférence et donner envie au comité de te financer :
Avoir un narratif clair.
Une histoire. Et emmener le comité avec toi dans cette histoire.Ne pas “struggle”.
Tu dois être suffisamment préparé pour ne montrer aucune difficulté. Tout doit être fluide.
Tu dois avoir le contrôle. C’est tout l’intérêt de l’exercice : un format très court pour voir si tu es capable de présenter sans difficulté. Tu dois donc incarner ton texte. Ne faire qu’un avec lui. Avoir ton histoire en toi. Ralentir, accélérer, jouer avec le volume.Rester simple.
Résiste à la tentation d’en dire trop, de donner tous les détails, de vouloir être complet. Tu vas devoir faire des choix. Si tu essaies d’en dire trop, ça ne fonctionnera pas. Garde en tête que le comité aura du temps pour poser des questions après. Ta présentation peut (et doit) rester assez générale.Te timer.
Entraîne-toi pour finir dans les temps.Pratique jusqu’à être parfaitement à l’aise en moins de 5 minutes.Règle simple : environ 100–120 mots par minute. Donc pour 5 minutes → maximum 600 mots… et idéalement 500–550.
2. Et pour les diapos ?
Un seul langage visuel.
Tes diapos doivent être harmonieuses, simples, et former une unité. Tu veux montrer du contrôle. L’information doit être structurée, pas “messy”.Garde un style constant : arrière-plan, images, formes, texte, couleurs.
La cohérence est clé : une approche visuelle, avec peu de mots.
Tu ne veux pas que le comité lise tes diapos. Les diapos sont là pour soutenir ce que tu dis à l’oral. Donc montre des images…et les mots viennent de toi.Te distinguer.
Tes diapos doivent te permettre de sortir du lot. Tu peux faire le classique : fond blanc, images, texte. Ou tu peux te distinguer, créer un style unique. Et c’est là que tu marques les esprits.Le goût ? Fais ce que tu aimes. Dans tous les cas, ça ne plaira pas à tout le monde. Mais si tu assumes ton style, tu seras récompensé pour ça. Si tu joues la sécurité tu ne te distingues pas.
Tes diapos te définissent.
Elles sont une extension de toi. Elles doivent donc refléter un haut niveau d’exigence. De l’excellence.
3. Mais du coup, comment faire tes diapos et quel contenu y mettre ?
Le coach m’a conseillé de suivre une structure très claire : la structure BCP. L’idée est simple : environ 30 % de background, 60 % de projet, et 10 % sur toi en tant que candidat.
Partie I – Le background
Le but ici est de créer un sentiment d’urgence. Tu dois répondre à deux questions : why et why now. Tu poses le contexte général et tu montres que c’est un problème sérieux, important, qui mérite de l’attention. À quel point c’est grave ? Qu’est-ce qu’on ne comprend pas encore aujourd’hui ? Où sont les zones d’incertitude ?
Et surtout, tu dois construire une montée en tension (climax). À la fin de cette partie, tu amènes un moment où le problème apparaît dans toute sa complexité, dans sa forme la plus critique. Si c’est bien fait, le comité n’a qu’une envie : entendre la suite.
Partie II – Le projet
C’est ici que tu expliques pourquoi tu veux cet argent. Tu dois montrer que tu as une solution au problème, et que cette solution est faisable.
Tu introduis ton projet de manière simple : les grandes hypothèses, les objectifs, les grandes lignes du design, ce que tu vas concrètement faire. Pas besoin de rentrer dans tous les détails.
Puis vient la partie la plus importante : l’impact. Qu’est-ce que ton projet va réellement apporter ? Pourquoi est-ce que ça vaut la peine d’investir dedans ? C’est ici que tu dois recréer un moment fort (climax). L’impact doit donner une raison claire de te financer. C’est ce qui peut fairet basculer la décision.
Partie III – Le candidat
Parce qu’au final, ils ne financent pas uniquement un projet (selon le type de financement). Ils financent aussi une personne.
Tu dois répondre à une question simple : pourquoi toi ? Pourquoi es-tu la bonne personne pour faire ce projet, et pas quelqu’un d’autre ?
Montre ton ambition, ton expertise, ta trajectoire. Mais fais-le rapidement, sans t’étendre. Tu as peu de temps, donc chaque mot compte.
Quelques points clés à garder en tête :
Ce qui est important, c’est que ces trois parties soient à la fois bien distinctes… et parfaitement liées. Tu poses un problème clair. Tu proposes une solution directe. Et tu montres que tu es la bonne personne pour l’exécuter. Si tout s’enchaîne naturellement, ton message devient évident.
4. Et donc, comment présenter tout cela ? Le langage corporel.
D’abord, fais face au comité. Positionne-toi debout, généralement là où ils te diront de te placer, et ne bouge pas trop. Les jambes restent ancrées au sol. Dans ce type d’entretien, tu n’as souvent pas vraiment la possibilité de te déplacer.
L’idée est simple : ne tourne pas le dos au comité. Tu ne dois pas être à 50 % vers le comité et 50 % vers les diapos. Tu dois être à 100 % vers l’audience.Ton attention est tournée vers le comité.
Tes diapos sont derrière toi, mais toi, tu fais face. Tu ne regardes pas tes diapos. Elles sont là pour soutenir ton discours, pas pour le remplacer.
Tes mains, par contre, doivent bouger pour soutenir ce que tu dis. Pas dans les poches, pas dans le dos, pas croisées. Garde-les ouvertes et utilise-les naturellement, comme tu le ferais dans une vraie conversation.
Au final, ce que tu fais exactement avec tes mains n’est pas le plus important. L’important, c’est qu’elles accompagnent ton discours.
Évite aussi d’utiliser tes mains pour pointer avec un laser ou déplacer un curseur. Ce n’est pas utile. Tes diapos doivent être assez claires pour parler d’elles-mêmes et correspondre parfaitement à ton texte. Pointer tes diapos te ramène en arrière. Toi, tu veux être tourné vers l’avant.
Pour les yeux, c’est pareil : cherche le contact visuel avec le comité. Pas seulement avec une personne. Avec chaque membre. L’objectif est de créer une connexion avec tout le monde.
Et enfin, la voix. Tu veux montrer de l’enthousiasme pour ton projet. Donc ta voix doit varier. Elle ne doit pas être monotone. Accélère parfois. Ralentis à d’autres moments. Mets des hauts et des bas. Sois dynamique, expressif. Mais ne rush pas. Prends ton temps.
5. Et après cette présentation, comment répondre aux questions ?
Cette seconde partie est très différente. Ce n’est plus une présentation. C’est une discussion. Tu dois être ouvert au dialogue avec le comité. Ce qu’ils veulent voir, ce n’est pas seulement ton projet. C’est si tu es réellement l’expert de ton sujet. Si tu le maîtrises. Si tu es capable d’en discuter avec recul.
Une erreur classique : les backup slides. Sur le papier, ça rassure. Tu as l’impression d’être “safe”. En réalité, c’est une fausse bonne idée. Ça montre une forme de dépendance… et ça casse la discussion. Tu n’as que 15 minutes. Est-ce que tu veux vraiment les passer à chercher une diapo ? Tu dois être capable de parler de ton projet sans support.
Garde une chose en tête : tu es la personne qui connaît le mieux ton sujet dans la pièce. Mieux que n’importe qui.
Tu es aussi jugé sur comment tu réponds. Pas seulement sur ce que tu dis. Est-ce que tu réponds avec confiance ? Avec contrôle ? De manière posée, claire, professionnelle, enthousiaste ? Ou au contraire avec de l’anxiété, sur la défensive ? La manière de répondre est essentielle. Donc prends ton temps. Réponds calmement, avec contrôle.
Tes réponses doivent être concises et structurées.
Et ça, c’est difficile.
Tu n’as pas besoin de tout dire. Ni de donner chaque détail. Tu dois faire des choix. Répondre de manière stratégique.
Un format simple qui aide beaucoup : la réponse en 1 minute. Tu commences par une courte introduction. Puis tu donnes le cœur de ta réponse. Et tu termines par une conclusion rapide. Ça permet de montrer clairement que tu as répondu. Et surtout… que tu maîtrises ton propos. Par exemple : Premièrement… Deuxièmement… Troisièmement…
6. Comment s’habiller ?
Ça dépend du type d’entretien. Mais en général, un style “smart casual” fonctionne très bien.
Ce que tu portes est important, car c’est aussi comme ça que tu es perçu.
Tu veux montrer du respect au comité.
Pas besoin d’être trop habillé… mais pas non plus négligé.
Trouve le bon équilibre.
7. Renseigne toi
8. Au final, à quel point dois-tu pousser tout ça ?
Ça dépend de toi.Et de l’importance que ce financement a pour toi.
Si tu le veux vraiment… alors donne-toi à fond.
Par exemple, pour ma bridging grant, ma présentation n’était pas aussi aboutie que pour ma Veni. Je me suis moins préparé. Mais j’ai tout de même eu la bridging. Pour la Veni… on verra.
Ne prends pas ces conseils comme des règles absolues. Renseigne-toi bien sur le type de présentation que tu dois donner, sur le format, les attentes… et assure-toi que ces conseils sont pertinents pour ton cas.
Pour conclure ?
Au final, ce type d’entretien, ce n’est pas seulement une question de projet.
C’est une question de clarté, de préparation… et de capacité à convaincre en très peu de temps.
Tout se joue vite.
Et souvent, ce sont les détails qui font la différence.
Ce sont ces quelques heures en plus qui peuvent faire la différence à ce niveau de compétition. Ces petits détails, ce travail supplémentaire… qui peuvent faire que tu obtiens un financement ou non.
Si tu te prépares à un entretien avec présentation, que ce soit pour un financement, un doctorat, un postdoc ou un poste, prends le temps de travailler ces points.
Ça peut vraiment changer le résultat.
De mon côté, je te ferai un retour après mon entretien Veni pour te dire comment ça s’est passé.
À bientôt,
Cyprien
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